QUAND LES DRONES NE VOLAIENT PAS ENCORE


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En tournage au sommet de l’île Maire

Quand les drones ne volaient pas, l’opérateur prenait le bon air, les pieds sur les patins de l’hélicoptère, attaché quelquefois avec un baudrier, la plupart du temps retenu par une des ceintures ventrales des places arrières. 

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Un vrai bonheur en survolant le France, le Queen Mary et le Queen Elizabeth naviguant de concert entre Cannes et Monaco ..

Se transformer passagèrement en Icare nous a fait vivre beaucoup d’aventures.

J’ai eu la chance d’accumuler des centaines d’heures de vol avec EDF et d’autres, civils ou militaires, découvrant par exemple les aiguilles de Belledonne à la limites de nos pales…

Ce jour là, le Lac d’Annecy était couvert par la brume matinale.
Aimé Barrel, le pilote, me dit, il doit y avoir un trou au dessus d’Annecy. Nous sommes donc partis en radada à 3m de l’eau surprenant quelque peu les pêcheurs matinaux trempant leur ligne au bout de leur jetée ! Effectivement, la percée existait, et traversant la couche nous découvrions les alpes resplendissantes dans leur minéralité sous un ciel bleu éclatant.

Une autre fois, un technicien d’EDF nous avait suggéré de réaliser un film sur les bergers des alpages et la liaison s’était faîte souvent par un téléphérique sommaire installé pour les travaux d’un barrage d’altitude. Cette fois, la seule possibilité était la marche à pied. Comme nous avions tourné en hélico toute la matinée sur les retenues hydroélectriques des Pyrénées avec monsieur Bossu, le pilote, il nous dit : « j’essaie d’arriver avant la tombée de la nuit au Puymorens ». Ce qui fut dit fut fait, et dans les dernières lueurs du jour, l’hélico nous a cueilli au col, moi et mon compagnon Gilles Sourice. Bossu nous dit « je n’en peux plus, la journée a été dure » et là, dés la couche nuageuse traversée, le spectacle du coucher de soleil sur les Pyrénées était au rendez vous. Notre pilote comme nous exultait devant ce décor. Le vol très court (10′) nous déposait devant le refuge du berger du Lanoux pour un casse croûte et une veillée précédant un sommeil réparateur.

Une autre fois, parti sur le Mont blanc avec René Romet, pilote de la gendarmerie en prises de vues pour La Poste, nous recevons un appel à l’aide d’un pilote des glaciers qui s’était posé avec son avion dans la vallée blanche et qui n’avait pas pu remettre son avion dans le sens de la pente pour redécoller. Notre priorité était la prise de vues, mais nous le prévenons par radio que nous revenons le voir le travail fini. Nous nous posons à quelques mètres de son Cessna, effectivement en bien mauvaise posture, et descendons pour l’aider, mais mon équipement était vraiment léger et mes mocassins dans 40cm de neige n’étaient pas véritablement adaptés. Malgré tout nous arrivons à quatre à faire pivoter l’appareil. Tout était prêt du côté de nos avionneurs et l’épisode s’est conclu par un casse croûte à la charcuterie de Savoie et au Fendant sur l’aile de l’appareil. Après quoi, chacun est reparti par la voie des airs.

Dans des massifs méditerranéens, nous filmions le Rallye du Maroc avec un hélico de l’armée marocaine, et au delà de la découverte de Ksars abandonnés au coeur de superbes oasis, nous nous sommes posés à plusieurs reprises en plein désert vers Tata et Foum Zgid. 20 minutes après un camion arrivait avec quelques hommes à bord qui nous offraient des amandes concassées à l’huile d’Argan avec du pain rond, des crêpes et du lait de brebis. Que les gens du Maghreb sachent qu’ils détiennent avec leur sens de l’hospitalité admirable une vraie richesse qui peu à peu disparait de nos mondes occidentaux mercantiles.

Mais l’Atlas nous réservaient d’autres surprises, couvrant un autre rallye, nous nous posons avec une vieille Alouette Artouste et son pilote Michel Nibaudeau au sommet d’un col élevé vers 7 heures du matin, la mission consistait à faire de l’auto stop pour réaliser quelques belles vues de passage de voitures, et utiliser le même moyen pour retourner vers l’hélicoptère. Vers midi donc, je retrouve mon pilote et nous redécollons … habitué à l’hélico, je sens un petit flottement et m’aperçois que alors que le palonnier devait nous amener à gauche, l’hélico tournait franchement à droite, je voyais le pilote blémir et basculer la machine vers le ravin face à nous ou nous tombons comme une pierre pour retrouver quelques secondes la manoeuvrabilité de l’appareil. Je m’étais bien rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond, mais tout à mon travail et apercevant un concurrent à moto sur la piste au dessous de nous, je demandait à Nibaudeau de se lancer dans un travelling. Il me dit : « Jacques, on a vraiment eu chaud, laisses moi récupérer un peu ». A la fin de la journée de prises de vues en atterrissant à Beni Mellal, il m’expliqua comment nous avions frôlé la catastrophe sans puissance et avec un air qui était devenu très chaud et qui avait beaucoup moins de portance !

Une autre frayeur rétrospective à Abidjan sur le parcours de la légendaire « Djibi » tracée par Jean Claude Bertrand au milieu de son domaine. C’était la course de sélection pour l’ordre de départ des concurrents du Rallye du Bandama et un hélicoptère de l’armée ivoirienne était à ma disposition pour filmer la course dans sa continuité (le plan se trouve dans le film d’Hubert Piernet « Rallye du Bandama » Nous décollons et compte tenu de la configuration du parcours, le seul moyen pour suivre de bout en bout la course était de pivoter en sens inverse des virages abordés par les voitures. J’explique la manoeuvre au pilote et celui ci exécute des suivis sans fautes. Enchanté de ce travail, je demande à Jean François Rageys, directeur de Promocourse qui officiait au micro, de le féliciter. Jean Claude Bertrand se précipite vers moi et m’avertis : « Jacques, tu n’aurais pas du faire ça, méfies toi du prochain vol ! » Au milieu de la forêt tropicale, j’ai compris ce qu’il voulait dire quand mes pieds ont trainé dans les feuillages … Le deuxième vol fut plus court !

Pendant nos séjours en Côte d’Ivoire, nous avons réalisé un film touristique co-produit par UGC et la Société Ivoirienne de Cinéma (voir Côte d’Ivoire). Notre hélico venait nous chercher tous les jours dans les jardins de l’Hôtel Ivoire où nous logions. Ce jour là, nous devions filmer des éléphants et des buffles dans la réserve de Grand Bassam. Toutes ces prises de vues réalisées, l’éloignement d’Abidjan nous imposait un ravitaillement. Un dépôt de kérosène se trouvait dans une gendarmerie proche. Nous nous posons pour apprendre que le dépôt avait été déplacé sans que l’armée n’ait été prévenue, et que le nouveau dépôt était éloigné de 80 kms, le voyage me parut long avec les aiguilles dans le rouge …

Parmi tous les pilotes hélico que j’ai connus, celui qui a emmené Paul Badin, cameraman de UPITN (avec qui nous couvrions, Mohinder Dhillon et moi, l’East African Safary sous la direction du réalisateur Terence Gallagher) était certainement le plus étonnant. En effet, il avait été amputé de la main droite et pilotait son hélicoptère avec de gros élastiques qui solidarisaient sa prothèse au manche !

C’est lors de ce premier voyage au Kenya que je rencontrais Jean François Rageys, directeur de Promo course. Nous étions assis côte à côte dans l’avion Londres Nairobi, et je m’adressais à lui : « vous avez les mêmes lunettes que moi, ce sont des lunettes Essel et donc vous devez être français ! » c’était le cas et c’est lui qui m’a mis en rapport avec Jean Claude Bertrand, créateur du rallye du Bandama et du Côte d’Ivoire – Côte d’Azur qui a précédé le Paris Dakar en reliant Abidjan à Nice.

Mes prises de vues en hélicoptère ont souvent eu lieu depuis 1965 avec les pilotes d’Electricité de France, d’abord avec Marcel Fétiveau sur Bell 47G puis avec Marcel Vincent sur Alouette Artouste et Astazou. 
A cette époque, les règlements étaient plus laxistes qu’aujourd’hui et outre les arrêts dans des champs voisins des auberges favorites des pilotes, il nous est arrivé de nous poser dans les parkings poids lourds des « Routiers » pour y déjeuner ou compléter nos pleins.

Jeune cameraman passionné par les vues aériennes et ces machines volantes extraordinaires, j’étais souvent en train de poser des questions au pilote, je me souviens notamment avec Monsieur Vincent de l’enquiquiner en lui demandant à plusieurs reprises ce que c’était que l’autorotation, un jour à 1600m au dessus de la Durance, il m’a dit : « c’est ça, l’autorotation ! » et nous sommes tombés comme une pierre jusqu’au lit de la rivière où il a terminé cette manoeuvre d’école en filant en rase-mottes. Mais finalement, cette fois là encore, malgré la peur passagère du décrochage, je n’en ai aimé que davantage l’hélicoptère.

Mais ces premières machines manquaient de puissance et toujours avec Vincent, nous nous sommes retrouvés un jour au fond des gorges du Verdon en stationnaire que je pensais volontaire, mais en me retournant vers lui, je sentais l’inquiétude monter. Nous étions plaqués par des rabattants et dans l’incapacité de repartir. Mais quelques secondes plus tard, un sursaut bienvenu du à l’arrivée des « Lamas ».
Nous avons aussi filmé des reconnaissances de lignes et notamment des travaux sur le pylône électrique le plus haut d’Europe au dessus de Bourg Saint Maurice.

A cette époque, nos prises de vues la plupart du temps sans systèmes de compensation comme l’helicam ou le système Tyler, nous nous servions de la dynamique de l’appareil comme peuvent aujourd’hui le faire les drones, c’est à dire effleurer des obstacle en premier plan et découvrir en les dépassant de grandes vues générales. Ensuite, les contraintes de la circulation aériennes ont éloigné les hélicoptères à 300m du sol !
En ce qui me concerne, je me rappelle avec Jacques Massot un vol sur le Parc Chanot, à Marseille, à 40m de haut, des posés avec Marcel Vincent à l’usine électrique Latil du Bld Rabatau ou sur le toit d’un supermarché de la Belle de Mai. Je me souviens également d’une Dz sur le toit du poste de transformation d’Enco de Botte où Christian Sornettes venait poser son hélicoptère la nuit.
Cette navigation au milieu des lignes haute tension a toujours été pour moi un grand moment d’inquiétude !  J’étais à ce moment là sous haute tension moi-même !

Pour le tournage du Film sur le Barrage de Sainte Croix, nous avions besoin d’images de véliplanchistes en été, mais nous étions déjà fin Septembre et nous avions rameuté nos amis pour qu’ils nous rejoignent sur ce beau lac. Christian Sornettes amenait son hélicoptère dans l’alignement des voiles pour de très beau travellings, si ce n’est que le souffle de l’hélico abattait derrières nous les voiles !

Nos amis en ont été quittes pour de bons bains froids.
Nous suivions également d’autres de nos camarades en pédalo au débouché des basses gorges du Verdon jusqu’au moment où j’ai vu le tablier du pont passer au dessus de mon cadre, Christian était passé sous le pont du Galetas !

Lors des tournages d’actualités, outre les prises de vues à bord de Fouga Magister et de F100, j’ai eu l’occasion également de voler avec l’Ealat au Cannet des Maures en Automne. De jolies prises de vues des tourbillons de feuilles de vigne soulevés par ces vols en patrouille d’hélicoptères d’observation. Et quelques frayeurs aussi quand j’ai vu le rotor de queue de la machine qui nous précédait couper une branche. Mais pour ces pilotes aguerris, une simple indication au retour au mécano de vérifier l’anti couple !

j’ai volé en hélico au Vietnam, en Indonésie, au Sri Lanka, en Uruguay, au Brésil comme beaucoup de mes confrères. Mais peut être exceptionnel, nous avons transporté un hélicoptère sur une Citroën CX huit roues

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Pour les rallyes d’Algérie et du Maroc avec notre pilote Jean Michel Siné.

Les manoeuvres les plus acrobatiques pour nous ont eu lieu pour monter et descendre de l’hélico et notamment quand nous filmions la mise en place de filets sous marins sur les falaises au dessus de Monaco pour éviter les chutes de pierres. Récupérer le patin de l’hélico et se hisser à bord sur une aussi forte pente sans que les pales de l’hélico ne touchent la falaise était un peu périlleux.